28 octobre 2008

L'Ordre du Velours Pourpre P.

... Le Velours Pourpre ...

Préambule


On a écrit : 
Velours : 1. INDUSTR. TEXT.     Étoffe de coton, laine, soie, etc. qui présente généralement à l'envers une surface mate et lisse, à l'endroit une surface lustrée et moelleuse, formée de poils courts, dressés, serrés.
2. Ce qui rappelle le velours en produisant une impression flatteuse sur les sens.
Pourpre : adj. De couleur rouge foncé intense.




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"La mort est aussi soudaine dans ses caprices qu'une courtisane l'est dans ses dédains, mais plus fidèle, elle n'a jamais trompé personne."

(Honoré de Balzac)

De la genèse du Velours Pourpre

La volupté devint forme de pouvoir et signe de puissance, manifestation parfaite de la faiblesse de ceux qui dirigeaient ce monde et que l'on appelait encore les grands. Parmi tant d'autres, elle avait pris les armes -point celles qui pourfendent, point celles qui cisèlent, mais celles qui enchaînent et qui charment. Fut-elle consciente du danger qu'elle pouvait incarner ? Certains y répondraient par une sinistre négation : elle oscillait, elle ondoyait, inconsciente, chavirant et faisant chavirer, noyant et détruisant sans le vouloir, avec cet unique désir de divertissement. Elle avait fait de sa vie un jeu et elle s'en voulait la seule maîtresse. Elle ne le fut pas toujours.

Quoi qu'il en fut, un jour, elle se mit à rêver. Non pas du pouvoir, elle le convoitait depuis l'aube de sa vie, mais d'une sorte de ralliement. Elle était profondément seule, parce que solitaire, depuis le décès de sa tendre moitié, la lumineuse, et, depuis le retour inespéré de cette dernière, elle aspirait à un tout autre mode de vie. Comme les caprices d'une hétaïre ne restent jamais inassouvis, elle fonda, avec cette légèreté qui lui est si particulière, un lupanar somptueux auquel elle attribua le pompeux sobriquet d'Ordre du Velours Pourpre. Jamais elle ne daigna expliquer cette dénomination, souhaitant conférer à son organisation un côté mystérieux et énigmatique qui correspondait à ses ambitions.


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(Illustrations de Luis Royo)

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29 octobre 2008

L'Ordre du Velours Pourpre I

... Le Velours Pourpre ...

I


On a écrit :
Courtisane : A. Femme vénale, aux mœurs légères, qui se distingue par son élégance et ses manières mondaines.
B. En partic., ANTIQ.  Femme qui, en raison de son éducation et de ses qualités artistiques, joua un grand rôle dans la vie de certains hommes de haut rang (politiques, philosophes, etc.). La vraie courtisane, au sens antique du mot, était une artiste, une prêtresse même (
PROUDHON, Pornocratie, 1865, p. 167).
Hétaïre : A. ANTIQ. GR.    Courtisane grecque d'un rang assez élevé.



 

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"Ne regardez jamais une femme, et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d'une minute pour vous faire perdre l'éternité."

(Théophile Gautier, La Morte Amoureuse)


Des lieux où siège le Velours Pourpre

Hasardeux, vos pas vous mènent jusqu'à ces grilles de fer bistré. La frivole créature qui enserre votre main se penche en avant, introduisant cette grande clé surannée dans la serrure, puis pousse le panneau de dentelle métallique d'un geste machinal. Vous entrez à sa suite, inquiet et fébrile. Elle se retourne, un instant, vous offrant un sourire enjôleur qui vous rassure, puis elle vous entraîne à sa suite, sans un mot, vous faisant traverser le jardin, l'herbe humide étouffant vos pas, les arbres en fleur s'agitant dans l'obscurité parfaite. Elle s'arrête dans un coin, emprisonnant toujours votre main dans sa menotte déliée. Par trois fois, elle heurte le sol du talon souillé de sa bottine. Celui-ci s'entrouvre, laissant s'élever un parfum entêtant, des rires enjoués, des murmures libidineux, et une fumée céruléenne fleurante. Elle vous invite à descendre avec elle. Vous n'osez pas refuser : elle semble si enchantée.

Vous pénétrez dans ce salon aux murs de marbre, aux vitraux licencieux, aux vastes baies transparentes, enfumées, cette large pièce où règne, en souveraine absolue, la luxure, sous toutes les formes qu'elle sait endosser, de la plus spirituelle à la terriblement charnelle. Les mouvements y semblent atténués, même lorsqu'ils atteignent la plus vive des violences, endormis par une odieuse volupté. Ces femmes... Rayonnantes, dominantes, charmantes, savoureuses, circulent avec une élégance fascinante, enlacent ces hommes que vous connaissez déjà. Les puissants... La catin qui est votre guide esquisse un fin sourire, puis de sa voix chantante, elle déclame, à votre intention :

"Soyez le bienvenue au Velours Pourpre, monseigneur..."


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(Illustrations de Luis Royo)

 

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30 octobre 2008

L'Ordre du Velours Pourpre II

... Le Velours Pourpre ...

II


On a écrit :
Phryné : subst. fém. Vieilli et littér.  Femme de mœurs légères. Étymol. et Hist. 1674 (
BOILEAU, Sat. X ds LITTRÉ).  Du gr. nom d'une célèbre courtisane du IVe s. av. J.-C. qui servit de modèle au sculpteur Praxitèle; accusée d'impiété, elle fut acquittée après avoir dévoilé sa beauté aux héliastes.
Almée : subst. fém. Danseuse orientale, faisant aussi profession de chanter et d'improviser des vers dans les fêtes.
P. ext.
Femme qui se livre à des exhibitions.
Bayadère : subst. fém. Danseuse sacrée hindoue.


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"L'érotisme est dans l'approbation de la vie jusque dans la mort. "   
(Georges Bataille)


De la chaotique hiérarchie qui régit l'ordre du Velours Pourpre

L'hétaïre en est l'unique maîtresse. Elle dispose d'un pouvoir absolu -mais n'en use qu'avec une exquise modération.

La Phryné la seconde, veillant au bon ordre de la maison.

Les courtisanes appartenant au Velours Pourpre conservent une véritable indépendance, ce sont des femmes expérimentées, subtiles et cultivées. Elles doivent cependant des comptes -financiers- au Velours pourpre.

Les almées sont totalement sous la tutelle du Velours pourpre, ce sont encore des néophytes. Elles pratiquent cependant les arts charnels.

Les bayadères sont des apprenties s'adonnant aux différentes formes d'art distractifs, en dehors des usages voluptueux.

Les mécènes constituent les clients favoris, leur pouvoir de décision varie.


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(Illustrations de Luis Royo)

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01 novembre 2008

L'Ordre du Velours Pourpre III

... Le Velours Pourpre ...
III



On a écrit :
Volupté
: subst. fém.
A.  1. Impression extrêmement agréable, donnée aux sens par des objets concrets, des biens matériels, des phénomènes physiques, et que l'on se plaît à goûter dans toute sa plénitude.
2. Impression sensuelle (et affective) très flatteuse, ressentie dans le domaine amoureux, et dont les raffinements subtils se savourent longuement jusqu'à apporter l'épanouissement total.
B.  Sentiment de très vive satisfaction intellectuelle ou morale, dont on se délecte intensément.


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"La volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté. "
(Charles Baudelaire)
   

De l'affiliation du Velours Pourpre

Les deux courtisanes étaient assises sur deux bergères damassées de soie, face à face, elles conversaient d'un ton léger et enjoué, qui masquait à peine le grand sérieux du dialogue qu'elles entretenaient. Le ravissant minois de la délicate Glycera -autrement dit, de Blanche- était marqué par la plus vive des stupéfactions.

"Pourquoi nous affilier à une communauté dont tu méprises le maître ?"

Thaïs -qu'on nomme Satyne, de nos jours- éclata d'un rire malfaisant. Puis, elle répondit d'un ton monocorde coloré d'ironie :

"Ce choix, mon ange, ne touche guère à des questions de sentiment, et je ne saurais leur laisser une place quelle qu'elle soit dans mes agissements. C'est l'intérêt seul qui motive cette démarche. La philosophie qu'il prône et la science occulte à travers laquelle elle se manifeste m'apparaissent comme particulièrement prometteuses."

Mais sa limpide compagne ne la connaissait que trop et ne mit guère de temps à lui souffler, d'un ton malicieux :

"N'as-tu point, ma ténébreuse volupté, d'autres ambitions ? Ne me les dissimule point, si c'est le cas, tu ne sais que trop que je ne te trahirai guère."

A nouveau elle s'esclaffa, avec cette grâce qui lui était si particulière. Elle se releva, soulevant ses jupons nappés de dentelle sombre, réajustant les étoffes sur ses jambes, le regard noyé par un vif amusement.

"Allons, que voilà de vilaines pensées... Tu me connais assez pour savoir qu'il n'est guère dans mes habitudes de monter des... cabales", et à ce mot, un sourire enchanteur vint ourler ses lèvres émaillées de nacre, "je sais étouffer les rancœurs passées, lorsque jaillit un objectif supérieur aux simples passions."

C'est ainsi que le Velours Pourpre fut mis au service de la Cabale. L'écho n'en chante pas plus à ce sujet. Il était déjà connu que l'hétaïre s'était ralliée intimement à la cause nébuleuse de l'entropie. Le reste fut habilement occulté par celle-ci, renchérissant sur les mystères qui la cernaient déjà.

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(Illustrations de Luis Royo)

Posté par Satyne à 12:26 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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