18 mars 2010

Clôtho VII

Clôtho VII

"Laissons vivre le traître en sa honte insondable.
Ce sang humilierait même le vil couteau.
Laissons venir le temps, l'inconnu formidable
Qui tient le châtiment caché sous son manteau."

(Victor Hugo)


"Silahe...", quelques larmes roulèrent sur sa joue, "Silahe...", elle tentait de maîtriser son chagrin, sa fureur, "emmenée par l'Ombre...". Sa servante la fixait d'un air effarouché, ignorant probablement comment réagir. Clôtho avait compris dès la première seconde où elle avait appris cette triste nouvelle : on n'avait pas simplement arrêté son amie pour ses propos contestataires... C'était un avertissement, ou pire, un moyen de pression.
Elle serra les poings, les griffes d'ébènes s'enfonçant dans la chair laiteuse, jusqu'au sang, jusqu'à l'apogée lénifiante de la souffrance.

"Je... Je peux peut-être encore faire quelque chose.", souffla-t-elle, tentant de se convaincre elle-même. Mais demander la rémission de Silahe, n'était-ce pas prendre le risque de passer pour complice ? Asphel triompherait, et encore une fois, elle implorerait, elle courberait l'échine... Et pour rien, sûrement. Car il n'était pas de ceux qui cèdent. Non... Il faudrait jouer plus finement. Il fallait venger Silahe.
Elle sourit, d'un air malsain.

~

Asphel la fit attendre longtemps. Probablement savourait-il le tourment qu'elle devait endurer à patienter ainsi alors que la vie de sa chère amie était en péril et qu'il était le seul à pouvoir la sauver.
Puis, enfin, on l'invita à entrer. S'il y avait bien un jeu auquel Clôtho excellait c'était celui de la dissimulation. Jamais elle n'avait été si radieuse, si délicieuse. Elle arriva d'un pas aérien, l'air serein. Elle prit la parole, d'une voix posée :

"Mon Seigneur, je sais que dans votre immense bonté vous me pardonnerez d'être ainsi venue à l'improviste, si peu dignement vêtue. Mais, je vais quitter Asmodae cette nuit et je ne voulais pas donner l'impression de fuir sans vous avoir remercié de tout le bien que vous m'avez fait depuis mon retour ici."

Elle releva vers lui son regard magnétique, se délectant de sa mine déconfite.

"Et quelle est la raison de ce départ brutal ?", sa voix froide résonna dans la pièce.

"J'y songeais depuis quelques temps déjà. Explorer les Abysses, n'est-ce pas un projet merveilleux ?", répondit-elle d'un ton anodin, presque rieur. Il avait repris son air austère, maquillant sa contrariété. Elle esquissa quelques pas vers la sortie, sa robe pourpre bruissant sur le sol immaculé, "Je ne vais pas vous importuner plus longtemps, mon Seigneur."

"N'y a-t-il aucun moyen de te retenir, Daeva ?"

Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres de la courtisane. Elle avait vu juste.

"Vous le savez bien, mon Seigneur."

"Elle restera en vie. Ne me demande pas plus."

(Inspiré de La Chartreuse de Parme)

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