18 mars 2010

Clôtho IV


Clôtho IV

"Le manteau de l'ange de la paix est très beau, mais la question est de savoir qui l'endossera ?"
(Jozsef Mindszenty)


"La paix est notre seule issue."

La courtisane poussa un profond soupir, détournant le regard de cet amant idéaliste. Elle le laissa courir le long des draps défaits dont le satin reflétait la lueur vacillante des bougies puis remonter le long des murs tapissés de vermillon jusqu'au plafond composé de boiseries liliales, finement ciselées.

"Faire la paix avec les Balaurs, mon seigneur, c'est se précipiter dans notre propre asservissement les yeux fermés. Pensez-vous sincèrement qu'ils soient capables de signer une paix équitable ? Au bout de mille ans de guerre comment pouvez-vous placer encore un peu d'espoir en eux ?"

Il effleura la joue de la daeva du bout des doigts puis la saisit par le menton, la contraignant à tourner le minois et à le regarder dans les yeux.

"Daeva de l'amour... Tu sais mieux que tout autre que je hais les Balaurs. Je suis conscient que faire la paix est bien souvent plus âpre que de faire la guerre. Mais nous pouvons y arriver et sauver ainsi ce qu'il reste d'Atreia."

Elle fit la moue, secouant la tête pour se dégager de sa main. Il la retira. Elle la récupéra, lui enserrant le poignet avec délicatesse, faisant pianoter ses doigts sur sa peau en un geste malicieux.

"Vous ne sauverez rien en faisant pareil choix. Au contraire, vous précipiterez ce monde vers sa perte."

Son visage s'assombrit, il la dépouilla brusquement de sa main et quitta la couche. Elle adopta un air attristé : amour et politique ne faisaient pas bon ménage... Pour la première fois depuis longtemps elle s'était amourachée de quelqu'un. Elle se sentait profondément liée à lui, peut-être parce qu'il était puissant, peut-être pour une raison plus obscure et à laquelle elle n'osait songer.
Les temps étaient durs et desséchaient les cœurs, les discours se heurtaient tandis que le cliquetis des armes ne soufflait mot. Il se rhabilla, la fixant froidement. Probablement lui en voulait-il de se ranger du côté opposé au sien. Peut-être doutait-il à cause d'elle...

"Lorsque la paix sera rétablie, Clôtho, nous en reparlerons."

Il sortit.

Elle ne le revit jamais.

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