Miria
IV

So_damn_beautiful_by_wakkawa

La lame siffla dans l'air, tranchant l'ébène fluide de ses cheveux, mèches fuligineuses qui recouvrirent le sol d'un tapis sombre. Elle abaissa l'épée contre sa cuisse et passa sa main libre dans la toison désormais raccourcie. Elle lâcha l'épée pour ramasser les bandes de lin blanc, soigneusement disposées sur le petit fauteuil d'osier, puis, avec délicatesse, elle les noua autour de son buste, les serrant considérablement afin d'écraser sa poitrine. Enfin, elle enfila les frusques masculines, les ajustant sur son corps modelé, faisant bouffer les manches et la tunique, bouclant habilement la ceinture qui enserrait ses hanches.
Elle quitta la pièce, rejoignant son neveu. Naryal était un bel homme, une chevelure de jais, mi-longue, divisée en mèches subtiles qui balayait son front, des prunelles d'or, une bouche charnue, une figure aux traits fins, jusqu'à en être efféminée. Il portait un long manteau noir, par dessus l'habituelle tunique des joueurs de Kaissa, toute de vermeil et d'ocre. Il l'étudia, la mine légèrement étonnée, puis constata, un sourire amusé aux lèvres :

"Et bien, ma tante, je ne pensais pas que femme travestie en homme puisse être si charmante... Euh... Charmant !"

Elle tourna sur elle-même, rieuse, s'examinant dans un miroir encadré d'un relief doré, fixé à l'un des murs de pierre bistrée. En effet, elle ressemblait quelque peu à son neveu, ainsi. On eût cru un jeune homme aux allures séraphiques, avec un minois enchanteur et un corps un peu frêle, imberbe et élégant.

"Bien.", commença-t-elle, modulant sa voix pour qu'elle semble masculine : "Désormais, je suis Andopal, ton jeune frère, de la caste des joueurs. Tu sais les risques que nous prenons. Tu sais les risques auxquels tu t'exposes. Personne ne doit savoir, aucun ami, aucun esclave."

"Je sais", trancha-t-il, s'avançant vers elle et la saisissant par les épaules. Elle fit volte-face, une expression singulière sur la figure. Il poursuivit : "Nous serons prudents. Et nous trouverons ce que tu cherches."

Elle esquissa un sourire satisfait, ne le quittant plus du regard. Elle l'avait élevé aux côtés de Nérissa. Elle l'avait serré contre elle alors qu'il n'était qu'un bambin. Il avait été comme son fils, fidèle et admiratif.

"C'est certain", souffla-t-elle, laissant sa main droite se promener sur la joue si pâle de son neveu.

Elle avait presque été un père pour lui, cette créature plus brutale, plus masculine que sa mère, gorgée de violence et de sauvagerie. Et pourtant... Leurs lèvres se heurtèrent, les corps se percutèrent. Et ils consumèrent un long baiser qui aspirait à l'éternité. Et les frusques volèrent et la mascarade fut défaite, dans ce théâtre intime, sous le regard vide du miroir.
Ainsi s'embrasa le premier feu d'un inceste plus charnel qu'amoureux qui était destiné à brûler longtemps et à ne laisser derrière lui que des cendres.

(Illustration de Wakkawa)