... Le Velours Pourpre ...

I


On a écrit :
Courtisane : A. Femme vénale, aux mœurs légères, qui se distingue par son élégance et ses manières mondaines.
B. En partic., ANTIQ.  Femme qui, en raison de son éducation et de ses qualités artistiques, joua un grand rôle dans la vie de certains hommes de haut rang (politiques, philosophes, etc.). La vraie courtisane, au sens antique du mot, était une artiste, une prêtresse même (
PROUDHON, Pornocratie, 1865, p. 167).
Hétaïre : A. ANTIQ. GR.    Courtisane grecque d'un rang assez élevé.



 

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"Ne regardez jamais une femme, et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d'une minute pour vous faire perdre l'éternité."

(Théophile Gautier, La Morte Amoureuse)


Des lieux où siège le Velours Pourpre

Hasardeux, vos pas vous mènent jusqu'à ces grilles de fer bistré. La frivole créature qui enserre votre main se penche en avant, introduisant cette grande clé surannée dans la serrure, puis pousse le panneau de dentelle métallique d'un geste machinal. Vous entrez à sa suite, inquiet et fébrile. Elle se retourne, un instant, vous offrant un sourire enjôleur qui vous rassure, puis elle vous entraîne à sa suite, sans un mot, vous faisant traverser le jardin, l'herbe humide étouffant vos pas, les arbres en fleur s'agitant dans l'obscurité parfaite. Elle s'arrête dans un coin, emprisonnant toujours votre main dans sa menotte déliée. Par trois fois, elle heurte le sol du talon souillé de sa bottine. Celui-ci s'entrouvre, laissant s'élever un parfum entêtant, des rires enjoués, des murmures libidineux, et une fumée céruléenne fleurante. Elle vous invite à descendre avec elle. Vous n'osez pas refuser : elle semble si enchantée.

Vous pénétrez dans ce salon aux murs de marbre, aux vitraux licencieux, aux vastes baies transparentes, enfumées, cette large pièce où règne, en souveraine absolue, la luxure, sous toutes les formes qu'elle sait endosser, de la plus spirituelle à la terriblement charnelle. Les mouvements y semblent atténués, même lorsqu'ils atteignent la plus vive des violences, endormis par une odieuse volupté. Ces femmes... Rayonnantes, dominantes, charmantes, savoureuses, circulent avec une élégance fascinante, enlacent ces hommes que vous connaissez déjà. Les puissants... La catin qui est votre guide esquisse un fin sourire, puis de sa voix chantante, elle déclame, à votre intention :

"Soyez le bienvenue au Velours Pourpre, monseigneur..."


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(Illustrations de Luis Royo)